Petite Hollande
Montbéliard, 12 juillet 2000, une « émeute » éclate dans la zone urbaine prioritaire (ZUP) de la Petite Hollande. Environ trois cents jeunes du quartier, d'origine maghrébine pour la plupart, s'opposent violemment aux CRS et à la police qui cherchent à arrêter un jeune de 25 ans, appelé « Momo » - il a commis plusieurs attaques de banques au cours de la semaine précédente. Connu des services de police, fiché au grand banditisme, il avait disparu du quartier depuis quelques années déjà. Il est armé et fait croire à une prise d'otages. Des forces de police sont dépêchées en urgence, et le Groupe d'intervention de la police nationale (GIPN) de Strasbourg est appelé en renfort pour l'arrêter. Le quartier bouclé, personne ne peut y pénétrer. La radio locale rend compte, tous les quarts d'heure, des événements.
Imposante et plus longue que prévu, la présence policière « excite » les jeunes du quartier. Peu à peu la tension monte, les rumeurs les plus folles commencent à circuler. Par l'intermédiaire des téléphones portables en état de surchauffe, les jeunes de la ZUP qui travaillent à l'usine de Sochaux et dans les autres PME de la région sont tenus au courant en temps réel de l'évolution de la situation. Des habitants du quartier essaient de calmer les jeunes. Dans un état second (il a bu), Momo lâche par moments de courtes rafales de mitraillette en l'air, suscitant les encouragements à « tirer plus » de la part des jeunes présents. « C'est un des nôtres, notre copain. On est là pour lui, hurle un jeune. Y en a marre des flics, des contrôles, marre de tout (1). »
Finalement Momo se rend. Au moment de son arrestation, les jeunes les plus agités, furieux de voir leur héros d'un jour défait et la victoire des forces de l'ordre, se mettent à lancer canettes, pierres et autres projectiles contre les policiers qui embarquent le jeune braqueur. Un policier est blessé par un éclat de verre dans un genou. Dans la soirée et durant une grande partie de la nuit, des groupes de jeunes (y compris des 10-14 ans), conduits par une trentaine de « meneurs », cherchent à en découdre avec les CRS et à s'attaquer à divers symboles (la Cité de justice, la Caisse d'épargne, quelques boutiques du centre commercial). Malgré les appels au calme, ils continuent leur entreprise de casse, opérant par petits groupes, extrêmement mobiles et efficaces. Plusieurs policiers et pompiers sont blessés, deux compagnies de CRS doivent intervenir, de nombreux bâtiments sont incendiés. Magasins mis à sac, nombreuses scènes de pillage. Le collège et les écoles sont épargnés.
Le quartier se réveille, le lendemain, traumatisé par ces événements qui vont occuper pendant plusieurs jours la « une » des deux journaux locaux. Les habitants viennent sur place constater les dégâts ; le maire (Rassemblement pour la république, RPR) et son principal opposant (Parti socialiste, PS) en font autant et recueillent les doléances des habitants. Tous deux en appellent à des sanctions exemplaires. Dans les discussions, les « petits immigrés » sont montrés du doigt, un tract du Mouvement national républicain (MNR, extrême droite) atterrit dans toutes les boîtes aux lettres du quartier. Les membres des associations locales organisent, le lendemain, une manifestation - peu suivie - pour sauver la réputation du quartier. La grande masse des jeunes regarde défiler le cortège : ils ne veulent pas apparaître du côté des donneurs de leçon de morale...
Montbéliard, 12 juillet 2000, une « émeute » éclate dans la zone urbaine prioritaire (ZUP) de la Petite Hollande. Environ trois cents jeunes du quartier, d'origine maghrébine pour la plupart, s'opposent violemment aux CRS et à la police qui cherchent à arrêter un jeune de 25 ans, appelé « Momo » - il a commis plusieurs attaques de banques au cours de la semaine précédente. Connu des services de police, fiché au grand banditisme, il avait disparu du quartier depuis quelques années déjà. Il est armé et fait croire à une prise d'otages. Des forces de police sont dépêchées en urgence, et le Groupe d'intervention de la police nationale (GIPN) de Strasbourg est appelé en renfort pour l'arrêter. Le quartier bouclé, personne ne peut y pénétrer. La radio locale rend compte, tous les quarts d'heure, des événements.
Imposante et plus longue que prévu, la présence policière « excite » les jeunes du quartier. Peu à peu la tension monte, les rumeurs les plus folles commencent à circuler. Par l'intermédiaire des téléphones portables en état de surchauffe, les jeunes de la ZUP qui travaillent à l'usine de Sochaux et dans les autres PME de la région sont tenus au courant en temps réel de l'évolution de la situation. Des habitants du quartier essaient de calmer les jeunes. Dans un état second (il a bu), Momo lâche par moments de courtes rafales de mitraillette en l'air, suscitant les encouragements à « tirer plus » de la part des jeunes présents. « C'est un des nôtres, notre copain. On est là pour lui, hurle un jeune. Y en a marre des flics, des contrôles, marre de tout (1). »
Finalement Momo se rend. Au moment de son arrestation, les jeunes les plus agités, furieux de voir leur héros d'un jour défait et la victoire des forces de l'ordre, se mettent à lancer canettes, pierres et autres projectiles contre les policiers qui embarquent le jeune braqueur. Un policier est blessé par un éclat de verre dans un genou. Dans la soirée et durant une grande partie de la nuit, des groupes de jeunes (y compris des 10-14 ans), conduits par une trentaine de « meneurs », cherchent à en découdre avec les CRS et à s'attaquer à divers symboles (la Cité de justice, la Caisse d'épargne, quelques boutiques du centre commercial). Malgré les appels au calme, ils continuent leur entreprise de casse, opérant par petits groupes, extrêmement mobiles et efficaces. Plusieurs policiers et pompiers sont blessés, deux compagnies de CRS doivent intervenir, de nombreux bâtiments sont incendiés. Magasins mis à sac, nombreuses scènes de pillage. Le collège et les écoles sont épargnés.
Le quartier se réveille, le lendemain, traumatisé par ces événements qui vont occuper pendant plusieurs jours la « une » des deux journaux locaux. Les habitants viennent sur place constater les dégâts ; le maire (Rassemblement pour la république, RPR) et son principal opposant (Parti socialiste, PS) en font autant et recueillent les doléances des habitants. Tous deux en appellent à des sanctions exemplaires. Dans les discussions, les « petits immigrés » sont montrés du doigt, un tract du Mouvement national républicain (MNR, extrême droite) atterrit dans toutes les boîtes aux lettres du quartier. Les membres des associations locales organisent, le lendemain, une manifestation - peu suivie - pour sauver la réputation du quartier. La grande masse des jeunes regarde défiler le cortège : ils ne veulent pas apparaître du côté des donneurs de leçon de morale...



