La loi de l'intimidation

La loi de l'intimidation
La vie quotidienne des quartiers

Les ventes d'armes ou de drogue créent un climat qui imprègne toute la vie de la cité .
L'argent qu'il procure ajoute au sentiment d'impunité, influe sur la vie quotidienne et
renforce les plus jeunes dans leur culte de l'illégalité. Les règles élémentaires de
courtoisie disparaissent alors.
Les seuls critères sont la force, l'argent et la peur. Les parents eux-mêmes subissent la
violence de leurs enfants. A la cité des Sorbiers à Chevilly-Larue, certains jeunes de 15
à 17 ans battent père et mère. Dans ce quartier, les « caillera » ont pris l'habitude de
bloquer une rue avec leur voiture pour marquer leur territoire. « Il y a des armes
partout, explique un habitant, on voit même des fusils ».

Depuis près de vingt ans, Pierre habite une cité sensible. « A soixante trois ans, il est
veuf et retraité après avoir travaillé toute sa vie à la Snecma (Société nationale
d'exploitation de matériel auxiliaire). Lorsque l'on s'interroge sur ses conditions de
vie, il dit subir « la totale » : les tags dans l'escalier de l'immeuble, les seringues qui
jonchent le sol, les voitures qui brûlent en bas de chez lui, les rodéos, les sirènes de
pompiers et les interventions musclées des CRS. N'en pouvant plus, Pierre a acheté
légalement un fusil de chasse...Pour se défendre ». En imprégnant tous les aspects de
la vie quotidienne, la violence devient le pivot du quartier. Ainsi à Clichy-sous-Bois à
la fin de l'année 1998, le comité directeur du club de football décidait de mettre fin à
l'équipe de l'USO Clichy-sous-bois. Une bagarre éclatait à chaque match, les
installations avaient été cambriolées dix-sept fois en un an, les vestiaires saccagés, les
murs d'enceintes détruits. En 2001, en France, plus d'une cinquantaine
d'infrastructures sportives ont été détériorées, voire détruites par des incendies
criminels. Le paradoxe est qu'entre deux accès de violence, la vie de la cité peut
paraître normale à un visiteur extérieur.

C'est que l'intimidation assure la loi du silence. Elle peut se faire grâce à des chiens de
combats (type pitbull), des regroupements de quatre ou cinq individus dans une cage
d'escalier. Ces derniers prennent une attitude mi-méfiante, mi-agressive, interpellent
les habitants en parlant fort, exigent que leurs regards se baissent.
Les menaces peuvent être beaucoup plus précises. Cette femme de Vauvert explique
que des garçons de douze ans la menacent de viol régulièrement, ce jeune lycéen du Val-Fourré avoue qu'il baisse les yeux dès qu'il sort de son immeuble par peur de se
faire tabasser pour la moindre attitude qui pourrait paraître arrogante.
Aux Tarterêts (Corbeil- Essonne, 91) les médecins de ville ne viennent plus depuis
longtemps. A la Grande Borne à Grigny (Essonne, 91) à 4h 30 du matin en 1999, un
médecin de SOS avait été appelé pour une grippe. Il retrouvera son véhicule désossé.
Les facteurs même subissent cette violence. Le 20 mai 2001, cinq voitures de la poste étaient incendiées dans le quartier de la Marinière à deux pas de la cité des Indes à Sartrouville.
Personne en fait n'est épargné : des commerçants jusqu'aux professeurs, les
pharmaciens, les travailleurs sociaux, les examinateurs de permis de conduire.
Un procureur affirme qu'en banlieue « parler d'insécurité avec certains commerçants
est tabou, car ils craignent des représailles ».

La cité de la rue Saint Fargeau dans le XXe arrondissement n'est pas une zone de
« non-droit » mais sans la résistance de certains habitants, elle le deviendrait. Marcel
Delclos, surnommé « la Brosse le Bâtard » (il est coiffé en brosse) : « Tous les soirs
ils se retrouvent à dix ou quinze à l'entrée de la tour 9. Ils fument du cannabis,
provoquent des locataires. Gare à vous s'ils vous voient avec une cigarette et si vous
refusez de leur en donner. Ou même si vous osez croiser leur regard (...) il y a des
dames handicapées qui ne peuvent plus ouvrir leurs volets, si elles râlent, elles se
prennent des pierres. » Les boites aux lettres sont défoncées au pied de biche, les
poubelles brûlent régulièrement.




Quand le feu devient une arme

Depuis quelques années le feu semble être devenu la première arme d'intimidation et
de combat des jeunes des cités. De janvier à novembre 1999, on relevait pas moins de
10 985 incendies volontaires allumés par des « jeunes » au sein des quartiers sensibles, dont 9 908 visant les particuliers (feux de containers, feux dans les caves ou les halls,
feux de voitures) les autres visant des institutions.
Les voitures brûlées les plus célèbres sont bien évidemment celle des nuits de la Saint
Sylvestre en Alsace (plus de cent voitures brûlées en 2001). C'est devenu dans le
quartier du Neuhof une sorte de coutume réapparaissant à chaque nouvelle année.
C'est facile, peu coûteux, désespérant pour le propriétaire qui bien souvent ne peut se
racheter un véhicule. La carcasse de voiture devient, en outre, un signe extérieur d'un
quartier en sécession. C'est en quelque sorte un totem...et un premier avertissement.
D'abord cantonnés aux quartiers sensibles, les incendies de voitures existent
aujourd'hui bien au delà des zones de « non-droit ». Reste que ces dernières continuent
d'assister à ces feux à répétition. Sur les trois dernières années, les chiffres sont
éloquents. 12 300 incendies de voitures en 1999, 13 300 en 2000, 15 200 en 2001.

A Rillieux-la-Pape (69), à l'Automne 2001, ils furent près d'un millier à manifester
dans les rues de la ville pour protester contre ces incendies de voitures : dans cette
petite commune de 28 000 habitants on a compté 137 voitures brûlées en dix mois.
L'été dernier, en Ile-de-France uniquement, on comptait 150 voitures incendiées
volontairement pendant le week-end du 14 juillet.
Le feu habituellement utilisé sur les véhicules est aussi une arme offensive.
L'exemple de l'expédition punitive du 11 mars 2002 qui s'est déroulée dans
l'hypermarché Auchan de Saint Herblain, dans la banlieue de Nantes (44) est éloquent.
Le 8 mars deux hommes se présentent à l'accueil du magasin pour se faire rembourser
une batterie de voiture défectueuse. Econduits par les hôtesses, ils en viennent aux
mains avec les vigiles et en blessent un au poignet. Le soir même, trois individus
brisent le sas vitré du magasin après la fermeture et jettent un cocktail Molotov sur le
poste de contrôle. Le 11, un homme armé d'un pistolet automatique 7,65 est repéré
dans sa voiture sur le parking. Il est alors maîtrisé par les vigiles qui lui cassent le
coude droit. Le soir même, une bande armée de cocktails Molotov et de barres de fer
investit le magasin juste avant sa fermeture et s'attaque à un vigile à coups de barre de fer avant de l'imbiber d'essence et de le faire brûler jusqu'au troisième degré.
Les écoles maternelles, les clubs de sports, les commissariats et les palais de justice
peuvent subir les même sort. Les habitations particulières même. Aux Ulis, « un
cocktail Molotov a été jeté dans l'appartement d'une habitante de la résidence des
Amonts. Cette femme présidente de l'Association de défense du Quartier des Amonts
Sud, prenait régulièrement des photos afin de dénoncer sur son site Internet les
nuisances organisées par une bande du quartier. »
A Châteaurenard (84), l'Eglise a été deux fois en 2001 la cible de cocktail Molotov.
A Trappes, à Marseille ou à Lyon ce sont les synagogues qui subissent des incendies
criminels.




La violence à l'école

Elèves ou professeurs au Val Fourré à Mantes la Jolie, aux Tarterets à Corbeil-Essonne,
à la Reynerie à Toulouse ou au lycée Jacques Brel à la Courneuve, ils sont au quotidien intimidés, insultés, agressés.
Sophie Yedder, professeur de Français à Epinay-sur-Seine (93), âgée de 29 ans,
explique : « La situation dégénère d'année en année. Le taux d'absentéisme atteint des
records dans notre établissement, situé en zone d'éducation prioritaire (ZEP). Cette
année nous avons eu droit à huit tentatives d'incendie. Mettre le feu, c'est le truc à la
mode... »
Un rapport des Renseignement Généraux qui date de janvier 2002 faisait un constat
inquiétant sur la violence à l'école.. « Il est désormais patent, peut-on y lire, que
l'école devenue partie intégrante de la vie de la cité, n'est plus un territoire protégé
(...) On notera l'usage de plus en plus fréquent d'armes dans l'enceinte des
établissements, poursuit le rapporteur, les armes à feu restent rares mais les armes
blanches semblent proliférer de manière préoccupante. Le 22 janvier, un professeur
du collège Paul Eluard de Garges-lès-Gonesse a été blessé, en plein cours, d'un coup
de couteau porté par une jeune de treize ans. Le 11 janvier, un professeur du collège
Pierre Mendès France de Tourcoing (59) a été poignardé par un élève de 14 ans suite
à une réprimande pour des retards à répétition ».
La guerre des bandes se poursuit jusque dans les cours de récréation : « En parallèle
avec le développement des affrontements entre bandes, poursuit le rapport,
particulièrement nombreux et violents dans les départements de grande couronne
parisienne et en Seine-Saint-Denis, les intrusions d'éléments extérieurs se sont
multipliés prenant parfois la forme de véritables expéditions punitives entre bandes de
cités rivales. La culture du trafic, de l'affrontement et de l'intimidation se retrouve
sous toute ses formes. Au collège Pierre de Coubertin au Luc (83), le 21 novembre, un
élève a été violemment battu par une douzaine de ses condisciples au « jeu de la
canette ». Il s'agit de variantes basées sur la violence et l'humiliation ».

Sur la violence à l'école Laurent Mucchielli met cependant en garde les analystes qui,
selon lui, tombent régulièrement dans deux écueils : « le premier consiste à croire que
l'école serait confrontée à une « violence » de type radicalement nouveau, le second
consiste à céder à la panique ». Le 24 octobre 2000, Jack Lang, alors ministre de
l'éducation nationale, créait cependant « Le Comité national de lutte contre la
violence à l'école » qui avait pour objet « d'analyser les phénomènes de violence à
l'école et de proposer , en relation avec les autres départements ministériels, les
réponses propres à lutter contre ce phénomène ». Un certain nombre de témoignages
publiés depuis 1996 par des professeurs laissent, en outre, penser que des
comportements nouveaux, plus violents que ceux des blousons noirs des années 1960,
se développent dans les établissements. Les Territoires perdus de la République
s'arrête sur l'antisémitisme dans les écoles, forme de violence qui renaît de manière
inquiétante dans de nombreux établissements. Ainsi Iannis Roder, professeur en Seine-
Saint-Denis reconnaît « j'ai pu constater dans mon établissement un antisémitisme
souvent présent parfois virulent issu d'élèves majoritairement de la population
maghrébine. »
Et si l'on interroge les professeurs, les témoignages affluent.
A Limay (78), la directrice de l'école primaire Ferdinand Buisson a surpris des jeunes
élèves qui jouaient à « sniffer » à l'aide d'un tube de stylo et de poudre obtenue en
taillant la craie. Ces mêmes enfants jouent aux dealers en collectionnant des petits
sachets de gomme découpée en morceaux qu'ils font mine de vendre sous le manteau.
A Dammarie-les-Lys, la nouvelle trouvaille des élèves du collège Politzer consiste à
simuler une bagarre et à créer une bousculade suffisante pour attirer les curieux. Ceux
qui sont pris dans la ronde, reçoivent de véritables coups. A Vitry-sur-Seine, au lycée Jean Macé on confectionne des engins explosifs, de type bombes au chlorate de soude
ou à base d'acide chlorhydrique, que l'on envoie ensuite sur les murs du lycée.
# Posté le samedi 10 décembre 2005 19:25

Comment se fabrique un ghetto

Comment se fabrique un ghetto
Les pompiers agressés

« On risque l'insulte mais aussi les jets de pierres, les parpaings et même pire,
certaines interventions sont en fait de véritables traquenards » confie un pompier du
Val d'Oise. Il est vrai que les soldats du feu sont régulièrement victimes d'embuscades
particulièrement agressives qui pourraient même être meurtrières. Comme si leur
uniforme ne les distinguait pas des policiers. Rien ne les épargne, même quand,
raconte ce même soldat du feu, ils se déplacent pour désincarcérer un voleur de voiture
blessé, ils se font insulter par ses amis. Les agressions peuvent aller des blocs de
parpaing lancés du haut d'un immeuble sur la camionnette, jusqu'à la voiture piégée
qui explose à leur arrivée comme au Blanc-Mesnil en 1995, ou à Vénissieux le 31
janvier 1999, explosion qui a blessé six pompiers dont un grièvement (il a dû être
amputé).
Dans la nuit du 31 décembre 1997, les pompiers qui tentent d'intervenir à Deuil-la-
Barre, où ils avaient été appelés pour un incendie dans un appartement, sont
accueillis par une pluie de pierres et des insultes. Ils peuvent être attaqués
physiquement comme à Toulouse (31) en avril 2001 : « des pompiers sont
assaillis par cent malfaiteurs surexcités. Un pompier est gravement blessé. Un policier
écoeuré déclare : « c'est le Bronx ici et on laisse faire. »
Ils se font caillasser et quand la caserne est située près d'un quartier chaud, eux, leurs
femmes et leurs enfants sont victimes d'insultes et d'actes d'intimidation.
Leur désarroi est tel que certains demandent à faire jour « le droit de retrait » (droit à
renoncer à une mission si sa vie est en danger), pour les interventions dans les
quartiers où ils risquent un guet-apens.




Les policiers, voilà l'ennemi

Le 26 décembre, Djelloul, habitant de la cité Balzac à Vitry, est abattu après avoir
attaqué une succursale de la BNP à Neuilly-sur-Marne. La mort de Djelloul est
interprétée par la cinquantaine de jeunes braqueurs de banques de la cité Balzac déjà
dans le collimateur de la Police Judiciaire, comme l'agression de trop. En quatre jours
soixante-trois voitures sont brûlées à Vitry. Cette montée de violence fut la réponse
spectaculaire d'un gang de braqueurs aux forces de l'ordre. Elle témoigne du bras de
fer violent qui oppose régulièrement les forces de police aux jeunes des quartiers
difficiles.
Il y a dix ans déjà à Amiens-Nord, à la cité des Mérisiers de Trappes,
à l'Ousse des Bois à Pau, on assistait à des affrontements violents entre la police et
des groupes de « jeunes ». Ainsi le 18 janvier 1992 à Trappes, une patrouille du corps
urbain de la ville interpelle un jeune antillais circulant sur un cyclomoteur sans casque,
sans éclairage, qui s'était soustrait aux vérifications en prenant la fuite : « Cette
interpellation provoque le rassemblement d'une vingtaine de jeunes de la cité des
Mérisiers qui agressent les trois fonctionnaires de police pour aider le contrevenant à
s'enfuir. Les trois policiers sont blessés et déplorent le vol de stylos-montres et une
tentative de vol de leur arme de service. Trois individus sont conduits au poste. A
22h 50, une quarantaine de jeunes se regroupent devant le commissariat et lancent des
projectiles dans la cour pour obtenir la libération de leurs trois camarades. A 23h 15,
cette bande est dispersée par les CRS appelés en renfort. Un policier est blessé à la
tête par un jet de pierres. Cinq cocktails Molotov sont jetés sur les forces de l'ordre,
sans toutefois les atteindre (...) Le calme n'est rétabli qu'à 2 heures du matin, à
l'issue de quatre heures d'affrontements ».

En 1997, la police analysait « le rapport entre les jeunes de banlieue avec l'autorité
policière » et faisait ce constat : « phénomène de plus en plus préoccupant, les
violences anti-policières des banlieues restent l'apanage d'une petite minorité de
jeunes déjà ancrés dans la facilité et la délinquance. Elles apparaissent, néanmoins,
comme la partie visible d'une dérive plus profonde, touchant un public plus nombreux,
qui s'exprime dans une culture de banlieue de tonalité sombre. En entretenant les
ressentiments, l'esprit de revanche et les stéréotypes anti-institutionnels, cette dernière
détourne les jeunes de l'effort vers la rationalité. Elle complique aussi un dialogue qui
s'avère pourtant de plus en plus nécessaire. »
Ce dialogue n'a pas eu lieu. Et de films qui, comme La Haine, avaient mis l'accent
sur la révolte légitime des jeunes des cités, en faits divers, en passant par la musique
(« Sacrifice de poulets » chantait un groupe de rap, « je pisse sur la police » reprenait
un autre) une certaine culture urbaine, qui tend à devenir la culture de toutes la
jeunesse de France, fait du policier l'homme à abattre.
Cette image d'une police répressive et dictatoriale s'est, en outre, développée dans des
sphères privilégiées et dans certains milieux médiatiques dont les membres, à vingt
ans, lors de mai 1968, ont comparé les CRS aux SS et dont la compassion enchante
les jeunes malfaiteurs. Ces derniers ont bien saisi la rhétorique de la révolte légitime
sans que l'on ne sache jamais si elle exprime un sentiment sincère ou un message codé
à l'attention de ceux qui voudraient remettre en question l'ordre parallèle qui existe
dans la cité. Les propos de ce jeune de Montfermeil rapporté par Christian Mouhanna
en témoigne : « Il y a un truc que les flics doivent comprendre : il ne faut pas
maltraiter les mecs biens. Ici, les gens sont contre les flics, parce qu'ils ont été
maltraités. Je suis de coeur avec les jeunes qui se bagarrent. Le policier doit prendre
conscience qu'il faut le respect. S'il n'y a plus de respect, il n'y a plus de confiance. »
La police apparaît alors comme l'élément répressif qui développe chez les jeunes
défavorisés un sentiment de révolte. Mais elle est aussi la première ennemie de ces
zones parallèles, puisqu'elle défend l'ordre de la République celui-là même qui pourrait remettre en cause les trafics en tous genres. Chaque intrusion de la police est
donc considérée comme une attaque qui mérite une riposte.

Les caïds n'hésitent pas, en outre, à utiliser les plus jeunes pour intimider la police.
Un policier de la région Rhône-Alpes raconte : « Nous avons la conviction que les
attaques dont certains postes de police ont été la cible, ces derniers mois, sont
directement inspirées par les aînés de différentes fratries qui excitent et manipulent les
jeunes ».
Dans certaines cités, la police ne se déplace qu'en voiture et a pris l'habitude de
recevoir des insultes voire des projectiles, de la part de mineurs qui savent qu'ils ne
risquent rien. C'est que les agressions se multiplient.
Le 30 mars 2002, huit jeunes de 16 à 22 ans, du quartier des Alouettes à Alfortville
(Val-de-Marne), investissent en hurlant la cage d'escalier d'immeuble d'où ils
affrontent la police à coups de pierre.
En novembre 2000, à deux pas de la Cité des Francs-Moisins un policier de vingt-quatre
ans tente de contrôler un véhicule : « Celui-ci fonce sur le gardien de la paix,
projeté à vingt mètres et gravement blessé (fractures multiples dont celle du bassin). »
Le 15 mai 2001, à Orly, dans la cité des Navigateurs, les policiers en patrouille
reçoivent des coups de feu et doivent s'enfuir.
Le 1er septembre à Béziers, un fourgon de police est attaqué au lance-roquette.
Les commissariats et les gendarmeries sont, elles aussi, la cible d'attaques quasi terroristes.
Depuis 2001, la section « Villes et Banlieues » des Renseignements
Généraux a déjà recensé plus de 65 incidents types « incendies et tentatives
d'incendies contre les locaux de police ».
« Les quartiers difficiles de province sont les plus touchés. A titre d'exemple, des
bureaux de police ont récemment été l'objet de dégradations par le feu : à Auxerre,
Bourges, Castres, Dreux, Grigny, Orléans, Pfastaff, Ronchin, Sète et Vienne ».

Pour les prochaines années le ministère de l'intérieur a prévu de créer « 619 bureaux
de police ou points de contacts dans les zones sensibles ». Ceux-ci risquent de devoir
être surprotégés pour éviter les attaques des jeunes délinquants. Selon le substitut du
procureur de Créteil, depuis le début de l'année 2002, dans le Val de Marne une
voiture de police est touchée chaque jour par des pierres. Malek Boutih ne mâche pas
ses mots contre ceux qui condamnent une police « anti-jeunes », accumulant les
bavures : « Le plus grand nombre de bavures n'est plus de son fait, c'est la racaille
qui tue le plus dans les cités (...) l'ennemi n'est pas le flic à 7500 balles par mois, ce
sont les petits dictateurs de quartiers qui vendraient leurs frères pour quelques
billets. »

Le 4 octobre 2003, alors que la police tentait d'intervenir pour sauver Sohane, jeune
fille de 17 ans de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine, que Djamel était en train de faire
brûler vive dans un local à poubelle, elle était attaqué par des groupes de jeunes et due
faire appel à quatre-vingt CRS pour mettre fin à l'émeute.




L'angoisse des médecins

Ascenseurs en panne, couloirs délabrés, excréments humains dans les halls, la
déshérence de certaines cités est telle que les pouvoirs publics (mairie, conseil
régional) comme les offices HLM semblent s'être résignés. Ainsi la vie dans le grand
L, un édifice du grand Ensemble à Antony (6 631 habitants) aujourd'hui détruit, était
particulièrement difficile. On y voyait des jeunes faire de la moto dans les couloirs du
10ème étage. « Les gens chargés du ménage, racontait une habitante, viennent avec un
seul seau d'eau pour nettoyer des dizaines et des dizaines de mètres de couloirs. Ils ne
changent pas l'eau, elle devient vite noire. Ca sent mauvais.... »
La vie quotidienne ne se déroule plus sans cette toile de fond précaire. Ainsi les
médecins régulièrement agressés se déplacent de moins en moins dans ces cités.
« La statut de médecin n'est plus un rempart, explique Didier Menard, médecin à la
cité des Francs-Moisins (Saint-Denis). La violence, le vandalisme ou le vol contre ceux qui soignent, c'est inqualifiable. »

Durant l'année 2001, les agressions contre les blouses blanches se sont multipliées.
Le 1er février, au Val Fourré, Pierre Cohen, le plus ancien médecin du quartier est
victime d'un hold-up. Vers 21h 30 dans son cabinet de la rue Blaise Pascal, deux
hommes encagoulés et armés lui dérobent 3 000 Euros.
Au Lilas (93) à la mi-février, une pharmacie est victime d'une attaque à main armée.
A Sarcelles, le 20 juillet, un généraliste de SOS Médecins 95 se fait agresser dans la
cage d'escalier d'une cité en allant rendre visite à un patient. Menacé d'un couteau par
deux jeunes, il doit donner son téléphone portable.
Blois (41) début septembre. Victime de plusieurs caillassages sur leurs voitures, les
ambulanciers de la ville décident de ne plus se déplacer dans la ZUP sans être
accompagnés par des correspondants municipaux. Le phénomène a pris une telle
ampleur que le 1er octobre 2001, le Comité interministériel des villes présidé par
Lionel Jospin décidait de débloquer 5,34 milliards d'Euros pour sécuriser les
professionnels de la santé et les inciter à continuer leurs visites dans les quartiers
sensibles.
Avec trois mesures phares :
1. Sécuriser les pharmacies et les cabinets (alarmes, rideau de fer, sas de
sécurité...)
2. Regrouper les professionnels dans des « maisons médicales »
3. Des médiateurs « santé » pour les cités, recrutés sur la base de contrats emploi
solidarités (CES), ils doivent notamment guider les médecins de nuit dans les
zones sensibles.
# Posté le samedi 10 décembre 2005 19:48

Le nouveau Western

Le nouveau Western
Exportation des violences urbaines hors des quartiers « en sécession ».

C'est l'un des principes établis des études sur l'insécurité: un noyau suractif composé
d'un petit groupe de malfaiteurs peut générer une insécurité galopante dans toute un
quartier voire une ville. C'est ce que Sébastian Roché, chercheur au CNRS, enseignant
à l'Institut d'Etudes Politique de Rennes et auteur de nombreux ouvrages sur
l'insécurité, notamment « La délinquance des jeunes », explique en ces termes. « Les
enquêtes autodéclarées confirment la suractivité délinquante (...) il existe bien un petit
pourcentage de jeunes qui commettent 50% à 80% des délits, selon leur degré de
gravité. Et environ 5% des jeunes ayant une activité délinquante réalisent entre 30%
et 60% du nombre total des faits délinquants. Ce noyau suractif a une capacité de
nuisance bien supérieure à son poids. Il n'en faut pas beaucoup pour désorganiser
une classe ou même un quartier d'une ville. Et comme les plus actifs sont impliqués
dans de nombreux actes, dont les trafics, ils ont tout intérêt à repousser les gêneurs
(...) Ils peuvent exercer une tyrannie de la minorité sur les lieux qu'ils occupent ou
qu'ils traversent (...) Azous Begag et Reynald Rossini disent que, dans les banlieues,
on les appelle les « gremlins » : ils recherchent l'affrontement dans toutes les
situations, la démonstration physique servant d'argument. Ces délinquant affirmés et
voyous notoires sont aussi nommés des « cailleras » (racaille) par les jeunes des
cités. » Ce noyau dur surdélinquant développe très vite son influence au-delà de la cité
ou du quartier. Celui-ci devient bien souvent une base arrière, tandis que le
« business » se fait ailleurs. C'est ce qu'explique ce commissaire des Renseignements
Généraux du Val d'Oise : " Ces zones de non-droit mettent en lumière une nouvelle
géographie de la délinquance urbaine. Elle voyage, frappe dans les trains les bus, les
gares, les RER, dans les villes voisines, mais épargne souvent ses repaires".
Le sentiment d'impunité qui existe chez des jeunes (parfois des enfants) de ces quartiers ne disparaît pas une fois qu'ils sont dans les métros et les centres-ville. Les
plus astucieux quittent la petite délinquance pour entrer dans le milieu et créer dans
leur cité leur petite entreprise de criminalité organisée. D'autres profitent de ce terreau
pour, dans des caves qu'ils changent en mosquées de fortune, recruter des islamistes
et leur proposer d'aller se former au combat en Bosnie ou en Afghanistan pour se
préparer à « la Djihad ».




La question des transports

Mars 2002 dans les quartiers nord de Marseille. Ils sont deux, à peine quinze ans,
masqués et rigolard. Ils viennent de couvrir d'essence un chauffeur de bus et ont tenté
de le brûler vif avant de prendre la fuite. L'affaire émeut la France entière.
Les transports marseillais décrète vingt-quatre heures de grève pour demander « plus
de sécurité ». Quelques jours plus tard, on apprendra que cette agression n'était qu'une
invention d'un chauffeur qui avait peur de travailler dans les quartiers nord.
Cette histoire tragi-comique témoigne à elle seule de la terreur que ressentent
les chauffeurs de bus qui sont obligés de traverser « les quartiers chauds ».
Caillassage, intimidation, menace, tabassage, ils craignent pour leur vie à chaque fois
qu'un groupe de jeunes montent (toujours gratuitement) dans le bus. « Il n'est même
pas concevable de leur demander de prendre un ticket, ils prendraient ça pour une
agression et après tout peut arriver » explique ce chauffeur de Seine-Saint-Denis.
Depuis plusieurs années les jeunes des cités tendent à s'approprier les territoires de
passage. C'est d'abord par le tag, « signature » d'un individu ou d'un groupe, c'est
ensuite par la fraude permanente, c'est enfin par l'occupation des gares ou le saccage
des trains. Gares, arrêt de bus, le petit « business man » des cités sait qu'il pourra
trouver là de quoi s'enrichir, en volant ou en vendant.
Comme Romuald, enfant d'Evry. « Bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles, look
savamment composé de marque de sport pas trop tape-à-l'oeil, ce jeune homme de
vingt ans fait du business au fil de ses pérégrinations entre la gare RER d'Evry et le
quartier des Pyramides ou des Miroirs. »

Il vole d'abord et puis il revend à des prix défiant toute concurrence : des sacs, des
téléphones portables. Hors cet aspect lucratif, les transports en commun sont à la fois
utiles pour aller d'un point à un autre et profondément méprisés par les jeunes
délinquants qui les utilisent. « Que voulez-vous faire quand vous avez dix sauvages
qui montent dans le bus, le joint au bec, et qu'ils emmerdent les voyageurs ? Leur
demander leur ticket de transport. Moi je la ferme et je roule. Je ne suis pas payé pour
me faire tabasser... » explique J.Martin qui conduit un autobus sur une ligne de
banlieue.
Les lignes de trains et de RER peuvent connaître des scènes de vandalisme. Comme ce
jour de janvier 2001 où 12 rames du RER D ont été partiellement détruites à Corbeil-
Essonnes. Les chauffeurs doivent s'attendre à tout. Dans la nuit du 29 au 30 mars un
bus de transport en commun d'une compagnie privée a été incendié dans le cité de la
Grande Borne (Essonne). Une quinzaine de jeunes gens masqués ont
pris d'assaut le véhicule. Ils ont ordonné au chauffeur et aux passagers de descendre
puis ils ont enflammé un matelas dans le bus avant de prendre la fuite.
En 1996, au dépôt du Pavillons-sous-Bois, dans la banlieue parisienne, on a enregistré
200 dégradations, dont la moitié de vitres brisées, soit un coût de 275 000 F par an.
Certains jeunes considèrent que le bus leur appartient, ils sautent en marche par les
issues de secours ou par les fenêtres, se défoulent, règlent des comptes. Il arrive même
qu'ils exigent du chauffeur qu'il change son itinéraire pour les raccompagner chez
eux. Si les violences contre les agents de la RATP ont baissés de 2,21 % en 2001 (407
contre 398), les incivilités et les insultes sont le lot commun d'un certain nombre de
conducteurs de bus. Les agressions de voyageurs sont-elles aussi en nette progression.

Pour le RER et le métro parisien on a compté 29 487 faits en 2001 contre 23 724 en
2000 (+24, 29%).
La SNCF dresse deux millions de procès-verbaux chaque année. L'inquiétude est telle
que depuis le printemps 2001, il a été décidé sur certaines lignes sensibles de
regrouper après 20 heures les voyageurs dans deux wagons.
La police reconnaît que la plupart de ces faits sont dus à des jeunes qui ne viennent pas
de Paris. « Les bandes de voyous, écrit Olivier Foll, viennent régulièrement faire leurs
"emplettes" le week-end dans la capitale, en empruntant le train de banlieue ou le
RER. Ils savent qu'en fin de semaine les gens sortent souvent avec des sommes
conséquentes sur eux. Parfois, l'agression n'est même pas faite dans un but lucratif,
mais pour le fun ». Ou pour s'affirmer : comme Mouloud, benjamin de sept
enfants vivant à la dalle d'Argenteuil, qui a été mis en cause dans une affaire de viol
collectif et dont l'examen psychiatrique montre « une adolescent écartelé entre une
culture familiale religieuse et rigoriste qu'il s'efforce de respecter, et une culture de la
rue, où chaque conduite délinquante apparaît comme un fait d'armes valorisant son
auteur au regard des autres membres du groupe. »
Un jeune officier de police des Yvelines confirment: "Les bandes se sont appropriées les
cités. Elles étendent leurs territoires sur des tronçons du réseau ferroviaire".
Les trains régionaux eux aussi connaissent les vols et le vandalisme quotidien. Entre
Toulon et Marseille, des jeunes dépouillent des wagons entiers de voyageurs comme
dans les western. A Nîmes dans la même nuit, la police arrêtait à 3 heures, dans le train
Port-Bou-Vintimille, trois jeunes qui venaient de dépouiller
des voyageurs de leur argent. A 4 h 25, dans un autre train, trois mineurs, vivant dans une cité de Marseille sont interpellés après avoir
volé un sac et frappé (huit jours d'ITT) un contrôleur. Dans ce même train, un
délinquant, bien connu des services de police, ayant volé un portefeuille était arrêté.

A quai, les trains sont saccagés. Les voyageurs du TGV subissent eux aussi les
intimidations et les vols de jeunes marseillais allant passer une journée à Paris, ou de
jeunes parisiens allant passer une journée au bord de la mer. Le caillassage gratuit des
trains est aussi en plein développement, pire encore on les prend pour cible à l'arme à
feu. Le 30 mars et le 1er avril 2002, trois trains qui reliaient Paris à Nantes ont été la
cible de tirs près d'Angers. Les vitres ont été brisées. Les trains suivants ont du
changer leur itinéraire. La voiture n'est pas beaucoup plus sûre. A Sarcelles (Val
d'Oise) en avril 1998, un automobiliste stoppé par surprise est séquestré dans une cave
par cinq individus qui lui extirpent son code de carte bleue et son téléphone portable.
En juillet de la même année à Bobigny, un autre est mordu à plusieurs reprises par le
pitbull de ses deux agresseurs qui lui volent ensuite son véhicule.
Le 8 juin 1998, à Cachan (Val-de-Marne), quatre jeunes gens entrent dans la voiture
d'une conductrice à l'arrêt, et la violent avant de lui voler sa voiture. Quelques jours
plus tard, à Corbeil, un conducteur est fouillé et volé au feu rouge. Cette nouvelle
tendance apparue en 1998 s'explique par le développement des systèmes d'alarmes et
de sécurité qui empêche le vol de véhicules dans les parking. Les agresseurs attendent
donc que le propriétaire soit au volant pour lui dérober sa voiture.




Des cités au centre-ville

Au bord du lac Léman, la ville de Thonon-les-Bains a vécu dans la nuit du 13 au 14
octobre 2001 des scènes de guérilla que l'on pensait réservées aux quartiers difficiles
des banlieues des grandes agglomérations. A l'origine des émeutes la mort accidentelle
de Stéphane, Hacine, Abdel Ila et Saïda. Les quatre jeunes gens originaires d'un
quartier populaire de la ville étaient à bord de leur voiture quand ils ont percuté un mur
après avoir tenté d'échapper à un contrôle de Police. Dès le lendemain la tension est
palpable dans le quartier. Autour de 15 heures, plusieurs dizaines de jeunes se massent
autour de l'Hôtel de police dans le centre- ville. Ils lancent des projectiles, brisent les
vitres de plusieurs commerces, s'attaquent à des voitures de police. Très vite, le groupe tente d'investir le commissariat. A 17h15 une bouteille d'essence est jetée sur le
cordon de police qui ceinture le commissariat. La police doit faire appel à des renforts
qui viennent d'Annecy, Grenoble et Annemasse. Les « jeunes » quitteront les lieux
dans la soirée et s'attaqueront aux voitures, brûlant neuf d'entre elles. Un colis piégé
soufflera enfin le premier étage d'un petit immeuble.
Une émeute qui semble révéler un nouveau phénomène : les malfaiteurs des cités
n'hésitent plus à investir les quartiers, qu'ils qualifient de « bourgeois » des grandes
villes de France pour s'attaquer aux représentants de l'Etat en cas de bavures. Déjà
lors des manifestations lycéennes de 1995, des bandes s'étaient infiltrées dans le
cortège, avaient investi des grands magasins et pillé plusieurs bar-tabac.Un scénario
que la police tente d'éviter à chaque grande manifestation parisienne, qu'elle soit
festive comme le passage à l'an 2000, ou politique comme durant les manifestations
qui ont succédé au premier tour de l'élection présidentielle.
Le sentiment d'impunité qui s'est développé dans leur quartier fait qu'ils sont en voie
de s'approprier, quand la nuit tombe, certains lieux comme le Forum des Halles, les
Champs Elysée ou l'esplanade de la Défense.
C'est sur cette dernière qu'en janvier 2001, deux bandes s'étaient donné rendez-vous
pour un règlement de comptes. La France entière découvrait, saisie, une violence
débridée qui n'était plus cantonnée à quelques cités. Il était 15h 30. Le centre
commercial accueillait comme chaque jour des dizaines de milliers d'acheteurs. En
quelques minutes, plusieurs bandes ont fait irruption sur les quais souterrains du RER.
Le visage masqué par des écharpes ou des cagoules, ils ont progressivement convergé
vers le coeur des Quatre temps, où à près de trois cents, armés de battes de base-ball, de couteaux, de barres de fer, d'armes à feu, les voyous de Mantes la Jolie et de
Chanteloup les Vignes (78) se sont préparés à un affrontement sanglant.
Dans la bagarre générale onze personnes ont été blessées. Une des victimes,
grièvement atteinte d'un coup de couteau qui lui a perforé la cage thoracique a dû être
transportée à l'hôpital. Il aura fallu l'intervention des CRS et de la Bac ( brigade
anticriminalité) pour que l'affrontement ne tourne pas au bain de sang.





Les campagnes et les lieux de vacances

Jusqu'à cette semaine de février 2002, la Fou d'Allos était une petite station familiale et
paisible des Alpes du Sud. Mais cette année là, la mairie du Havre avait envoyé un
centaine d'enfants et de « jeunes en difficulté » aux sports d'hiver. La station a alors
découvert la vie des cités. Insultes dans les queues du télésiège, dégradation de
matériel, vol à l'étalage... Face à ces provocations les commerçants de la station ont
répondu par la violence. Bilan : plusieurs blessés.
Quelques mois plus tôt à Lanion, au creux de la vallée du Léguer, entre la Côte de
Granit Rose et la Côte des Bruyères le commissariat s'était fait attaquer par une
quinzaine de "jeunes" de la banlieue parisienne. Ils voulaient libérer trois camarades
incarcérés pour avoir aspergé avec une bombe lacrymogène un agent qui leur avait
demandé de baisser la musique et de ranger leur véhicule. « La loi c'est nous »
crièrent-ils en attaquant le commissariat à coup de battes de base-ball.
A Bénodet, village de Bretagne on a découvert les violences urbaines.
En l'an 2000, la délinquance y a augmenté de 20% durant les deux mois d'été.
A Carnac à quelques kilomètres de là, certaines plages deviennent infréquentables
après 22 heures durant les deux mois d'été. Une dizaine de « jeunes » envoyés en
réinsertion par le ministère de la justice sèment la terreur en brûlant des chiens ou
encore en saccageant des restaurants. Christian Penanec, maire divers droite de
Bénodet, n'y va pas par quatre chemins : « Nous devons rester particulièrement
vigilant pour éviter que se constituent de nouvelles zones de non-droit en bord de
mer ».
Au delà des lieux de vacances où les « jeunes » transportent avec eux la loi de leur
quartier, c'est toute la France rurale qui découvre la loi des banlieues.
« Il y a une escalade de la violence dans les villes et les quartiers que l'on considérait
jusqu'alors protégés. C'est dans ce type de zones que les délinquants viennent voler l'un des butins les plus prisés : les voitures de luxe. Comme ils ont de plus en plus de
difficulté à le faire en raison de systèmes d'alarmes chaque fois plus performants, ils
agressent sauvagement les automobilistes pour se les approprier » explique ce policier
d'une circonscription de Sécurité publique qui a eu l'occasion de servir dans des
secteurs dits aisés.
« Le phénomène des bandes gagne donc les zones rurales depuis quatre ou cinq ans,
reprend Olivier Foll. En règle générale, il s'agit de groupes issus de quartiers difficiles
qui décident d'aller prendre un bol d'air à la campagne pour voir si l'on peut y faire
du "taf". Le réseau autoroutier aidant, certaines de ces zones ne se trouvent qu'a une
heure ou deux des villes. L'aller-retour s'effectue dans la nuit en toute tranquillité. Les
résidents de ces petites communes sont du pain béni : les portes restent souvent
ouvertes, la confiance et la sécurité règnent, personne ne se méfie. » A Nice, et autour
de la ville, des « bandes juvéniles de plus en plus constituées, agressives, déterminées
à imposer des zones de non-droit sèment la terreur ».
On constate même leur présence au festival de Cannes.
Les pays étrangers peuvent eux aussi être victimes de nos jeunes voyous. "De Janvier
à Novembre 1999, la police de Genève a interpellé 145 "jeunes" venus de Vaulx-en-
Velin, Bron, Lyon, etc. Le plus souvent dans de puissantes voitures volées pour forcer
à toute vitesse le passage de la frontière (plus de 100 de ces intrusions violentes sur le
même laps de temps, 15 agents blessés). »
La synthèse annuelle de la gendarmerie nationale en 1998 constatait « l'exportation du
phénomène des violences urbaines en Zone Gendarmerie Nationale (ZGN) est
désormais une réalité incontournable, qu'il s'agisse de la délocalisation de la
délinquance en période de vacances scolaires hivernales ou estivales, ou qu'il s'agisse
de la mobilité des jeunes ou des bandes ».

Quant à l'état des lieux annuel des quartiers réalisé en mars 1999, on y découvre que
les incidents violents « ont de moins en moins tendance à se cantonner au sein des
zones sensibles, c'est à dire dans les lieux de résidence des auteurs : ces derniers
deviennent de plus en plus mobiles et se retrouvent de plus en plus souvent en dehors
de chez eux (en centre-ville, dans les lieux de villégiature...). L'utilisation des moyens
modernes de communication (téléphones portables) et de déplacement (transports en
commun, véhicules privés) accroît leur capacité de mobilisation et contribue à un plus
grand affichage du phénomène de violence urbaine (razzias à la faveur des
manifestations lycéennes de Paris). Au total, en 1998, 14,90% des incidents ont été
enregistrés dans des communes ne comportant pas de quartier difficile. »
Lucienne Bui-Trong donne une explication très claire de ce phénomène: Après avoir
remarqué que depuis 1998, les violences urbaines jusqu'ici cantonnées à des quartiers
s'étendaient à des « zones de passage » et de plus grande richesse (centres-villes,
gares, centres commerciaux, lieux de villégiature). » Elle analysait cette nouveauté :
« Dans le premier cas des jeunes issus de quartiers sensibles se déplacent ensemble,
avec le sentiment d'invulnérabilité que procure un groupe soudé, surtout lorsqu'il se
trouve face à une population peureuse et individualiste refusant de s'interposer en
faveur du prochain. Ils ont beau jeu alors d'afficher leur arrogance dans les
transports en commun, où ils trouveraient « bouffon » et même anormal de payer leur
écot, et où ils tentent même d'obtenir des chauffeurs un fonctionnement à la demande ;
ils se comportent en « maîtres » dans les centres commerciaux où ils s'approprient
certains espaces publics. »
L'ancien commissaire n'omet pas ceux qui vont dans les quartiers aisés pour mener
des actions crapuleuses violentes avant de se replier à l'abri de tous contrôles dans leur
quartier.
Le second cas, concerne les différentes possibilités que la vie sociale donne aux jeunes
pour s'éloigner de leur quartier. « Ils rééditent alors leur esprit de bande et de
territoire, que ce soit au sein des établissements scolaires (intrusion en force et armes,
saccages collectifs), des lieux de villégiature (bagarre, razzias), dans les centres de détention (où ils reproduisent parfois, degré après degré, les différentes formes de
violences urbaines), ou encore dans les villages où ils veulent profiter des festivités
sans jamais rien payer (« incruste »). C'est ainsi qu'acquièrent un statut de sites
« sensibles », des lieux qui n'avaient aucune vocation à le devenir ».
La troisième possibilité explique enfin madame Bui-Trong peut « résulter
d'événements nationaux ayant fait l'objet d'un battage médiatique, comme en 1998,
avec les manifestations lycéennes d'octobre. On se souvient que celles-ci ont attiré de
plus en plus de pillards à mesure que les mouvements se succédaient. Le contraste
était net entre les manifestants authentiques, et les vandales, dynamiques, mobiles et
bien organisés ».
La coupe du Monde de 1998, la fête de la musique ou le 31 décembre 1999 ont aussi
été émaillées d'incidents.
# Posté le samedi 10 décembre 2005 20:14

L'école de la grande criminalité

L'école de la grande criminalité
Du trafic de quartier au grand banditisme

« Le crime organisé a toujours recruté dans les quartiers « chauds » où la loi
républicaine est la moins appliquée, explique Stéphane Quéré, co-auteur d'un Que
sais-je ? sur le crime organisé, la seule différence avec le début du siècle est que la
population de ces viviers n'est plus la même. On est passé de Francis le Belge à
Boualem Talata, mais le processus est le même. »
« Dans la France d'aujourd'hui, comment intègre-t-on la carrière criminelle, Le plus
souvent à partir des quartiers "chauds", où s'opère une spécialisation criminelle des
délinquants juvéniles les plus durs. L'affaire touche moins les "jeunes" des cités en
général, que les noyaux durs -assez réduits, dix à vingt éléments pas plus, issus des
mêmes cités « sensibles ». Ces individus multirécidivistes et polycriminels forment
désormais des bandes stables et « professionnelles », le plus souvent à base ethnique, pratiquant (tout ou partie) le trafic de stupéfiants, le recel de biens volés, les vols à
main armée, les vols et « désossages » de véhicules, la piraterie routière et, de plus en
plus, la « criminalité astucieuse » sous forme d'escroqueries aux cartes de
paiements. ».
L'organisation d'un petit trafic de drogue est déjà l'antichambre du crime organisé.
Il exige une organisation, des associés fiables, et rapportent très vite des sommes
importantes. Il ouvre, en outre, des perspectives de fortune et de gloire.

Une émission de télévision consacrée au grand banditisme était à ce sujet fort
éclairante. Elle proposait l'interview d'un jeune de homme de 35 ans appelé Alfred
pour l'occasion. Celui-ci retraçait son parcours. Il vit dans une grande cité de banlieue.
Dès ses treize ans il reste dehors jusqu'à minuit avec "les grands", qui très vite, lui
avancent des savonnettes ( bloc de shit). Il commence à en vendre par bloc de 2,5
grammes, puis de 12 grammes. Très vite il arrive à gagner près de 40 000 F par
semaine. A seize ans, les grands qui ont confiance en lui, lui proposent de vendre de la
cocaïne et de l'héroïne. Il consomme un peu de cocaïne, écoule les stocks avec
efficacité, si bien qu'il parvient à vendre en un mois 10 à 15 kilos de shit.
Il est alors accosté par des gens respectables, patrons de bars et de restaurants qui lui
proposent de faire un hold-up. Il y participe comme chauffeur et gagne 100 000 F sur
un coup. Ambitieux, il se met à son compte et fait lui même un hold-up. Il repart avec
400 000 F. Très vite les « gros bonnets » le contactent de nouveau et lui proposent
d'attaquer un fourgon blindé. Armé de lance-roquettes et de fusils-mitrailleurs il
participe à l'attaque. On lui propose alors de placer son argent dans des "tapins"
(prostituées)...Le parcours d'Alfred illustre les possibilités qu'offrent les zones qui ont
rompu avec la loi républicaine aux jeunes délinquants avides d'argent facile.
La criminalité y est multiforme : du trafic d'armes ou de drogue au blanchiment en
passant par les attaques de transporteurs de fonds. Pour ces gangsters les quartiers en
sécession sont une base de repli idéal au cas où des enquêteurs tenteraient une perquisition ou effectuerait une interpellation. Il suffit d'envoyer les petits frères
assiéger le commissariat et s'il le faut provoquer une émeute.
Ce que dit Malek Boutih en affirmant que 5 000 gangsters : « terrorisent les quartiers,
violent les filles en tournantes, cament leurs petits frères jusqu'à l'os, s'équipent en
armes de guerre et tiennent chambres de torture dans les caves. »




Islam et quartiers : « Oussama il est trop fort »

C'est devenu un cri de guerre, une figure sur t-shirt, une idole dont on attend
l'apparition dans les Guignols de l'info comme celle d'une star du show-biz.
Quand la télévision, la radio, des journalistes viennent interroger les jeunes des cités,
ils répètent « Oussama il est trop fort ». On écrit son nom sur les murs de la ville, de
préférence sur celui des synagogues, on crie Vive Ben Laden, comme on avait chanté
la victoire des bleus le 12 juillet 1998. Les banlieues se seraient-elles brutalement
convertie au terrorisme islamique? Rien n'est moins sûr. Ces phénomènes relevés au
lendemain des attentats du 11 septembre tiennent plus de la provocation volontaire que
de la doctrine politique ou religieuse. Ces jeunes conspuent l'Amérique qu'ils suivent
pourtant du cinéma à la tenue vestimentaire.
Reste que s'il est difficile d'établir des connexions entre la petite délinquance, le crime
organisé des quartiers sensibles et le fondamentalisme islamique, les arrestations
effectuées par le juge Jean-Louis Bruguière tout comme la présence de français dans
les rangs d'Al Qaïda témoignent de l'existence de réseaux terroristes en France.
Recrutent-ils en partie dans la jeunesse qui peuplent les quartiers « en sécession » ?
C'est là la question qui nous concerne. Selon Richard Bousquet, responsable du
syndicat des commissaires et hauts fonctionnaires de la police nationale, il faut craindre dans « les quartiers de tous les dangers » une « reconstruction identitaire sur
l'islam d'une partie de la population immigrée ». On verrait alors basculer dans le
terrorisme « une poignée d'activistes manipulés par quelques commanditaires
étrangers». Il terminait « Bien que plus de deux cents islamistes soient incarcérés
dans nos prisons, le vivier humain que peuvent fournir nos quartiers en difficulté à
l'islamisme radical est toujours aussi grouillant de personnes réislamisés et de convertis
frottés de délinquance prêts à se lancer dans l'aventure terroriste au signal d'un
cerveau du djihad international. »
Un note de la DCRG sur « un trafic de stupéfiants en relation avec des islamistes »
trace le portrait de ces figures à mi-chemin entre le trafic et le fondamentalisme
musulman. « Mohammed Rezgui, né le 30 juillet 1951 à SERS (Tunisie) (...) il est en
relation étroite avec Ouassini Hdjioui, chargé du blanchiment de l'argent de la
drogue. Militant au sein de l'association « Foi et pratique », émanation en France du
mouvement piétiste « Tabligh », Mohammed Rezgui se livre au prosélytisme auprès
des jeunes des quartiers sensibles de Nanterre, invitant notamment les
toxicomanes à lire des ouvrages relatifs à l'islam. » Ou encore : « Mustapha Dafrane,
né le 8 juin 1974 à Khourigba (Maroc) de nationalité marocaine(...) Membre de
« l'Union des Organisations Islamiques de France » (U.O.I.F), l'intéressé est
entraîneur d'arts martiaux (kung-fu) et à ce titre a été membre de bureaux
d'associations sportives de l'agglomération orléanaise, n'existant plus actuellement,
depuis les arrestations effectués dans ce milieu après l'attentat de Marrakech.
Mustapha Dafrane se rend régulièrement dans le quartier sensible de la Salmonerie à
St Jean de la Ruelle, où résident de nombreux maghrébins, souvent touchés par la
délinquance. »
Le parcours d'un des "héros" du terrorisme islamiste, Khaled Kelkal est pris pour
exemple. Né le 28 avril en Algérie, il a grandit à Vaulx-en-Velin, ville célèbre pour ses
émeutes de 1990. Le soldat du GIA a un frère fiché au grand banditisme. Lui a été un habitué des rodéos nocturnes. Il a été condamné en 1991 à quatre ans de prison. Il n'en
effectuera que deux. Avec son ami Karim Koussa, jeune de Vaulx-en-Velin lui aussi
connu des services de police, il participa activement à la campagne terroriste mené par
le GIA durant l'été 1995.
L'enquête sur le réseau Kelkal révélera que le GIA avait formé sur place, dans les
banlieues de Lille et de Lyon, leurs moudjahidines. Le climat d'impunité de ces
quartiers, difficiles à filtrer par les réseaux de renseignements, n'a pas dû nuire à cette
formation. En 1996, à la veille du G-7 à Lille, une action terroriste échoue contre le
commissariat central de la ville. L'enquête conduit les policiers devant le repaire d'un
gang à Roubaix. Le 31 juillet 1996, la police arrête deux membres du réseau : Hocine
Bendaoui et Laïfa Kabou. Bendaoui parle et laisse entendre que les nombreux
braquages attribués au gang de Roubaix avaient pour but de financer la cause
islamiste. Il est en lien avec l'IHH d'Istanbul, organisation qui sous couvert
d'humanitaire a pour objectifs de « recruter des soldats d'expérience en vue de la
guerre sainte. »
Laurent Mucchielli refuse cependant d'envisager un risque de
« réislamisation » radicale des cités, et refuse de voir un symbole en Khaled Kelkal.
Pour lui, c'est là le propos de « pseudo-experts » qui « ont des accointances fortes
avec l'idéologie d'extrême-droite » et qui « reprennent largement les schémas
intellectuels qui permettaient d'analyser le terrorisme d'extrême-gauche dans les
années 1970 ». Il poursuit « ce qui est pris souvent comme exemple par les gens qui
font cette amalgame c'est l'histoire de Khaled Kelkal. »
Le 1er septembre 2001, au nom d'Allah (selon ses propres termes), un « jeune » de
vingt cinq ans, Safir Bghioua, attaque une patrouille de police dépêchée dans le
quartier de la Devèze, à Béziers (Hérault). Dans la matinée du 2, il tue d'une rafale de
pistolet-mitrailleur le chef de cabinet du maire, Jean Farret, avant d'être lui-même
abattu par les policiers du GIPN de Marseille. Les policiers découvrent dans le coffre de sa BMW plusieurs armes de guerre. Dans son appartement, il se dissimule un
véritable arsenal militaire en provenance de Bosnie. Laurent Mucchielli refuse
cependant de voir dans ce drame un symbole de cette nouvelle génération de
musulmans formée dans la délinquance et converti par des imams partisans de la
Djihad. « Le fait existe, c'est évident, mais tout le problème c'est comment
l'interpréter. Le discours médiatique consiste à prendre ce qui est au point de départ
un fait divers, qui existe, mais dont on ne sait pas s'il est significatif de quelque chose.
On assiste actuellement dans les médias à la tendance à l'ériger en événement
exemplaire, révélateur d'un horizon de pensée qui est le catastrophisme ».
Les attentats du 11 septembre et la guerre qui a suivit ont cependant révélé
l'importance des réseaux terroristes islamistes en France et le vivier que représente
pour eux la population des cités. La DST et la DGSE estiment « entre trois cent et
cinq cent le nombre de français qui auraient transité par les écoles Coraniques au
Pakistan ».
Près de 300 islamistes français auraient transité par les camps de l'organisation
d'Oussama Ben Laden, selon les estimations des mêmes services de renseignements.
Quatre français sont à Guantanomo aux côtés des membres d'Al Qaïda arrêtés par les
soldats américains en décembre 2001. Le président de SOS-Racisme, Malek Boutih,
voit là une menace réelle : « Les islamistes ont des méthodes de fascistes. Moi, je ne
veux pas d'organisations islamistes en France, même si elles prennent le faux nez
d'associations culturelles ou caritatives. Derrière le travail social, on propage la
haine. » Il sait que de nombreux islamistes ont pour objectif de quadriller les cités :
« pour imposer leurs voiles et leurs normes. »
Mina Kaci journaliste a été à la rencontre de ces militants d'Allah qui vivent dans les
quartiers sensibles. Elle a passé une soirée autour d'Akim, Idir et Julio. Ils se
réunissent dans le Hall de leur immeuble de la cité Gabriel-Péri, à Gentilly, dans le Val-de-Marne. Un soir après la prière, ils l'ont reçue. Elle raconte : « Une quinzaine
de jeunes hommes entoure les deux femmes journalistes (photographe et rédactrice)
que nous sommes. Akim est le plus méfiant, le plus prolixe, le plus " ancien " fidèle.
Vingt et un ans, ce Français d'origine algérienne connaît par coeur le Coran dont il ne
se sépare plus. Il y a encore trois ans, il sombrait dans la délinquance. " Une soirée,
des personnes de Bagneux ont fait un discours en plein air aux jeunes. Ce jour-là,
leurs paroles m'ont touché, ça a été le déclic. Ils parlaient de la grandeur du créateur.
" Depuis, Akim, la barbichette bien taillée, se rend régulièrement à la mosquée de
Bagneux (Hauts-de-Seine) : " C'est là que j'ai été formé. Mon comportement a
complètement changé. Je ne fais plus de bêtises, je respecte les gens et la famille. " Un
bac professionnel en poche, sans emploi, il se lance éperdument dans une quête
spirituelle, étudie pendant un an et demi la religion dans " une ligue islamique " située
à Paris. « Et devient un militant zélé de sa foi. C'est lui qui convertit Julio et Mathieu,
qui réislamise Hédi, Idir et tant de copains " nés " musulmans. Il a fait de son petit
monde, des missionnaires de la Jama'at al tabligh (société pour la propagation de
l'islam). Ce n'est qu'à la dernière de nos rencontres qu' Akim nous a dévoilé son
appartenance à ce courant religieux d'origine indo-pakistanaise connu pour pratiquer
le prosélytisme, essentiellement dans les banlieues et les prisons.
Le soir, en bas de l'immeuble, sur le grand tapis, les nouveaux adeptes apprennent
l'arabe, la vie du prophète Mohammed et tous les préceptes de la religion.
Le dimanche, deux fois par mois, ils organisent ce qu'ils nomment " le discours ",
prononcé par " les gens de Cachan ou de Bagneux ". Moment très attendu, suivi par
une vingtaine de personnes. Qu'en est-il exactement ? On ne le saura pas."
La journaliste reprend: "Christian Fischer, premier maire adjoint (PCF) de Bagneux,
avoue son inquiétude devant " le travail souterrain réalisé par les intégristes.
Ils viennent recruter dans le quartier sud de la ville.
On ne sait d'où ils viennent. Dans ce quartier transformé en ghetto de la misère,
le trafic de drogue et l'économie parallèle tournent à plein. »

A Villetaneuse Yacine est plus offensif « Ben Laden , il a trop bien parlé. Il a défendu
les palestiniens, Et si tu es musulman, tu es obligé d'être de son côté ».
« Dans certains quartiers, écrit Jean Michel Decugis, des sources locales attestent que
des extrémistes, plus révoltés qu'islamistes, armés et connus dans le grand banditisme,
se disent prêts à se transformer en kamikaze et à commettre des actions en France. »
« Ils font part de cette volonté dans des circuits très fermés, explique une source non
policière. Ils disent que la guerre sainte est pour bientôt et qu'il faut se tenir prêt. Ils
ne plaisantent pas. Ils disent que la guerre doit se faire partout. »
Ce chiffre impressionnant a même surpris les services secrets français. D'où viennent
ces jeunes ? comment ont-il été formés ? Où prêchent les imams intégristes ? Opaques
et méconnus des services de police, les réseaux souterrains d'Allah semblent avoir
compris quel terreau formidable pourrait représenter l'existence de « zones de non-droit
» en France.



Islam et quartiers : La nouvelle « Intifada »

Créteil en juin 2001, Stains en novembre, Goussainville en janvier 2002, Lyon,
Marseille et Strasbourg en mars. Les agressions anti-juives se sont multipliées ce
derniers mois. « Un nombre inédit d'agressions antijuives a été recensé en France en
2001 ».
Le week-end pascal de l'année 2002 donna même lieu à deux nuits d'agressions
particulièrement spectaculaires dans toute la France.
Dans la nuit du vendredi au samedi, une quinzaine de personnes attaquaient la
synagogue de la Duchère à Lyon, à l'aide de voitures béliers qu'ils précipitaient contre
les portes, avant de les incendier. Samedi après-midi, c'est un jeune couple de
confession juive qui était agressé, insulté et battu par un groupe de cinq personnes
d'origine maghrébine à Villeurbanne. Le jeune homme sérieusement blessé, et son
épouse enceinte sont hospitalisés. Pendant ce temps, dans la banlieue toulousaine, un inconnu faisait feu à deux reprises, sans faire de blessés, sur la devanture d'une
boucherie cachère. Enfin, dans la nuit de samedi à dimanche, les portes de la
synagogue du quartier de Cronenbourg, à Strasbourg, étaient à leur tour incendiées.
A Marseille le soir du 1er avril, c'est une synagogue qui brûlait totalement dans les
quartiers nord, le surlendemain malgré une présence policière accrue, une autre
synagogue de la ville était attaquée au cocktail Molotov. « On ne fait plus venir une
télé en cramant une voiture. Non, maintenant le bon truc c'est flamber une
synagogue. » dit Ahmed, de Goussainville
La flambée antijuive dans les banlieues depuis le novembre 2000 et la deuxième
Intifada a mis au grand jour la fragilité de ces quartiers. Le conflit israélo-palestinien
est présent depuis tellement longtemps dans leurs vies, sur les écrans des télévisions,
qu'ils ne semblent plus vraiment faire la différence entre ici et là-bas. La police doit
parfois même avouer son impuissance, comme ce policier lyonnais après l'incendie de
la synagogue de la Duchère. « Comment réagirait le quartier à haut risque à des
arrestations dans le climat particulièrement tendu que nous connaissons
actuellement ». Quand à Pierre-André Taguieff, philosophe et essayiste, il s'inquiétait
au micro d'Europe 1 : « Quand on sait la violence et le sentiment d'impunité que des
jeunes arabo-musulmans ont pu développer dans les cités, on peut imaginer le pire. »
# Posté le mardi 13 décembre 2005 10:21

Police et Justice

Police et Justice
La grande déprime

« Avec un peu de détermination on peut se rendre partout » affirme Julien Dray,
député PS de l'Essonne et spécialiste des question de sécurité.
Selon lui, comme selon beaucoup d'autres d'élus et de hauts-fonctionnaires,
les « zones de non-droit » ne sont pas une fatalité. Elles sont surtout le fruit d'un
manque de volonté politique dont l'illustration la plus flagrante est le peu de moyen
donné à la police pour maintenir l'ordre républicain.
Que fait la police ? dit la formule populaire. « Elle souffre, répond le journaliste
Christophe Deloire, des policiers tombés dans des guet-apens à Avignon et à Antibes ;
le commissariat de Clichy victime d'un jet de grenades ; à Béziers, des poutres en
béton de cinquante centimètres jetées du haut d'un immeuble sur des voitures de
police.... ». Elle souffre aussi d'une organisation qui n'est plus adaptée aux situations
de plus en plus délicates que les policiers sont amenés à affronter. Ainsi selon
l'économiste Jacques Marseille : « au moins 10% des effectifs de la police, voire 20%,
soit 10 000 à 20 000 policiers actifs, sont affectés à des taches non policières et
gèrent, par exemple, la maintenance informatique ou les réparations des véhicules
automobiles. » D'après un spécialiste de la sécurité sur 130 000 fonctionnaires, seuls
80 000 policiers seraient sur le terrain. Sur Paris en particulier sur 19 000 policiers,
« près de 2 800 policiers sont affectés à des taches qui ne relèvent pas de leur mission
normale. »

Elle souffre de voir ses hommes tiré « comme des lapins » se plaint Bruno Beschizza
du syndicat Synergie-officiers. Elle réclame la sécurité maximale. Reste que les
réponses à ses questions dépassent le seul cadre de la Place Beauvau. Un ancien
directeur central de la sécurité publique pose ainsi le problème : « Y aurait-il des zones
de non-droit ? Le sort des coupables importe-t-il plus que celui des victimes ? Une
politique pénale doit-elle se bâtir uniquement en fonction des places disponibles dans
les prisons ? Les policiers sont-ils condamnés à voir le fruit de leurs efforts ruiné par
des décisions de justice qui développent chez les délinquants, notamment les plus
jeunes, un sentiment d'impunité, souvent source de violence ? ».
Elle souffre du politiquement correct qui fait que l'on cache la réalité lorsqu'elle est
trop inquiétante. Lucienne Bui-Trong ancien commissaire des RG, en a fait
l'expérience. Son outil d'évaluation des violences urbaines a été supprimé parce qu'il saisissait trop bien une situation dérangeante.
Elle s'explique : « L'information était de mieux en mieux fournie par nos services
territoriaux. Tout confirmait l'aggravation globale de la délinquance dans les cités :
les réactions de la population, des professionnels, des élus, le durcissement des modes
d'action des bandes, le rajeunissement et le nombre croissant des émeutiers, souvent
une quinzaine hier, et plus facilement une cinquantaine aujourd'hui. De 106 points
chauds identifiés en 1991, on est passé à 818 quartiers sensibles en 1999. Et ce sur
tout le territoire. Ces informations n'étaient pas politiquement correcte. »
Depuis près de dix ans, les initiatives d'Etat ou privées tendant à restaurer l'ordre
républicain dans les quartiers sensibles ont été nombreuses. Certaines dispositions
concernent tout particulièrement « les cités interdites ». En 1994, la Loi d'orientation
et de programmation relative à la sécurité (on l'appelle LOPS) est préparée par Charles
Pasqua. Elle est votée par le parlement cette même année et sera partiellement
censurée par le Conseil Constitutionnel. Elle définit néanmoins de nouvelles méthodes
pour la police et les services privés, appelés à participer à la protection des biens et des personnes. Se plaçant dans le fil de la loi du même type présentée par Pierre Joxe en
1985, elle mettait en place de nouveaux moyens particulièrement disposés à empêcher
la création de quartier de sécession. Les trois principaux aspects concernant notre sujet
sont la vidéosurveillance, l'accès aux parties communes des immeubles et
d'habitations, la surveillance et le gardiennage d'immeubles.
La vidéosurveillance, technologie très utilisées notamment par les britanniques est
possible dans un cadre précisément défini par le Conseil Constitutionnel (pour les
principes généraux) par la Commission nationale de l'Informatique et Liberté (pour les
systèmes de vidéosurveillance liés à un fichier informatisé), la Commission
départementale des systèmes de vidéosurveillance pour les autres cas.
Il faut dans ce cas présenter un dossier comportant six éléments:

- l'explication des finalités.
- les plans des installations.
- le descriptif technique.
- les consignes d'exploitation.
- la mise en sécurité des équipements et des enregistrements.
- la modalité d'information et d'accès du public aux images.

L'accès aux parties communes des immeubles d'habitation est essentiel dans la lutte
que mène la police contre le développement de quartiers en sécession. C'est dans ces
halls qu'ont lieu les scènes d'intimidation ou de dégradation qui installent un climat
délétère. L'article 12 de la loi prévoit que : « Les propriétaires ou exploitants
d'immeubles à usage d'habitation ou leur représentants peuvent accorder à la police
ou à la gendarmerie une autorisation permanente de pénétrer dans les parties
communes. » Ce même article incite aux initiatives privées en imposant aux
« propriétaires, exploitants ou affectataires, selon le cas, d'immeubles à usage
d'habitation et de locaux administratifs, professionnels ou commerciaux ».
Une directive qui concerne directement les agences bancaires, les pharmacies, les
commerces d'objets précieux qui se trouvent à proximité des quartiers difficiles.

Trois ans et une alternance politique plus tard, Jean Pierre Chevènement organisait à
Villepinte, un colloque sur la sécurité intérieure. Devant l'insécurité grandissante et la
multiplication inquiétante de quartiers explosifs, les actes de ce colloque après avoir
rappelé dans en préambule que selon la Déclaration des droits de l'homme, la sûreté
était « le socle nécessaire à l'exercice de toutes les libertés », donnaient les grands
traits d'une nouvelle méthode pour contrer l'insécurité : Les Contrats Locaux de
Sécurité (CLS).
Ceux ci ont le mérite d'exiger avant toute décision un diagnostic de sécurité qui ne
prend pas pour seule source les statistiques du ministère de l'intérieur. « Acte de
courage, écrit Alain Bauer, qui vise à reconnaître la réalité de faits délictueux ou
criminels subis par la population, en lieu et place de l'habituel discours sur la baisse
de la délinquance et d'honnêteté ( qui interdit dans les faits de rejeter les réclamations
de la population au nom d'une supposée psychose irrationnelle) ».
Ces CLS ont pour objet :

1) La prévention de la délinquance
2) L'apprentissage de la citoyenneté
3) Développer la solidarité de voisinage
4) Prévenir le développement de la toxicomanie et des phénomènes de bande
5) Prévention dans les établissements scolaires et à leurs abords
6) Aide aux victimes
7) Médiation pénale
8) Aide aux adultes dans leur mission d'autorité
9) Prise en compte de la sécurité en matière d'urbanisme
10) Coordination des actions des forces nationales de police (police nationale et
gendarmerie nationale), notamment dans l'accueil et l'enregistrement des plaintes.

Il exige avant d'être signé qu'un diagnostic local de sécurité ait été établi.
Au 1er janvier 2001, 700 CLS étaient en cours de négociations. L'efficacité de cette
disposition dépend en grande partie de l'engagement des services de l'Etat,
« notamment en matière judiciaire ».
L'une des dispositions qui accompagnent ces CLS, est la police de proximité.
Expérimentée de 1997 à 1999 elle a pour but de « rompre avec la nature de police
d'Etat privilégiant la défense des institutions et la gestion des manifestations de rue »,
et de privilégier « la mise en place d'une véritable police nationale, chargée en
priorité de la protection des personnes et des biens. »
Ces dispositions auxquelles il faudrait ajouter celles de Nicolas Sarkozy, actuel
ministre de l'intérieur, témoigne de la détermination dont ont fait preuve les différents
gouvernements à combattre l'insécurité. Elle témoigne aussi par la reconnaissance des
enquêtes de victimation, d'une volonté de connaître la réalité de l'insécurité. Reste
qu'elles ne suffisent pas à faire reculer les quartiers en sécession. « Les voyous que
l'on arrête écopent de peines dérisoires. ce qui développe leur sentiment d'impunité et le
mépris qu'ils portent aux policiers. » s'afflige ce jeune gardien de la paix de Poissy.
C'est que la détermination de police n'empêchent pas les lenteurs et les contradictions
de la justice.




Que font les juges ?

Elle s'appelle Nadia. Elle a quatorze ans. Elle a participé à la séquestration et à la
torture d'un jeune de 18 ans. Elle a cherché à le tuer. Elle l'a battu, l'a étranglé. Dans
le prétoire, elle n'exprime aucun remords. Elle trouve le procès bien long. Elle repart
libre et s'apprête à reprendre son stage...d'animatrice de quartier. Cette situation à la
fois ubuesque et tragique témoigne du désarroi dans lesquels peuvent être nombre de
policiers et de juges. Soumis à l'ordonnance de 1945, ils ne sont pas armés pour
affronter la délinquance de plus en plus précoce.
L'ordonnance relative à l'enfance délinquante stipule que :

Article1: les mineurs auxquels est imputé une infraction qualifiée crime ou délit ne
seront pas déférés aux juridictions pénales de droit commun, et ne seront justiciables
que des tribunaux pour enfants ou des cours d'assise des mineurs.
Article 4: Le mineur de treize ans ne peut être placé en garde à vue.
En cas de délit puni d'une peine inférieure à cinq ans d'emprisonnement,
la garde à vue d'un mineur âgé de treize à seize ans ne peut être prolongé.

Des dispositions que les mineurs de moins de seize et de treize ans, et leurs grands
frères qui peuvent ainsi les utiliser, ont très vite assimilées.
Cette difficulté juridique n'est pas la seule. « Depuis 1972, écrit Olivier Foll, on a
connu dix-huit aménagements qui ont à chaque fois instillé un peu plus de droit anglosaxon
(procédure accusatoire) dans le nôtre (procédure exécutoire). Il s'agit
d'approches différents qui, à force de rajouts, rendent le code de procédure pénale
incohérent. »
Enfin poursuit-il « la justice se retrouve dans une situation grotesque où le juge
d'instruction et l'avocat de la défense doivent plaider leur cause devant le juge des
libertés ? Et la victime dans tout cela ? Qui a pensé à elle et aux risques que ces
pratiques lui font encourir ? sur 470 gardes à vue d'une circonscription de banlieue,
40 sont déférées devant le juge des libertés et seulement la moitié des prévenus
connaissent la détention provisoire. »
A cette loi s'ajoute la loi Guigou sur la présomption d'innocence qui multiplie les
causes de nullité et impose parfois aux magistrats de relâcher des criminels.
Une situation accentuée par l'angélisme de certains magistrats dont témoigne cet
entretien du 27 mars 2000 avec le vice-président du tribunal de Grande Instance
de Versailles « chargé de l'application des peines » parue dans la Gazette des
communes. « Thème de l'entretien : que faire des individus condamnés à des travaux
d'intérêt général (TIG) pour violences urbaines (« outrage à personne dépositaire de
l'autorité république, rébellions; dégradations ») ? Notez bien qu'il s'agit de
condamnés, dans un système qui laisse passer la plupart des malfaiteurs entre les
mailles du filet (80% de classements sans-suite, non-lieux, etc.).
Pour ce magistrat, il s'agit de « parvenir à inscrire des condamnés dans une logique
d'insertion ». Pour cela, on leur « propose » (comme on propose le menu, au
restaurant, au choix du client) un stage pour provoquer chez eux « une prise de conscience de l'importance de respecter les règles qu'ils enfreignent ». Et le même de
souligner que le dit stage est calqué » sur le modèle de ceux que propose la Sécurité
routière aux personnes condamnées pour infraction au code de la route. »
Un imbroglio juridique dans lequel les malfrats se retrouvent très bien. Ils exposent les
plus jeunes et jouent les naïfs, les victimes et les repentants devant le juge. Une
hiérarchie du crime à punir s'est donc instaurée par la force des choses. La justice se
fixe sur les grosses affaires, et la petite délinquance en profite. Elle semble alors
bénéficier d'une impunité quasi-totale.
Pourtant ce système utilisé par les caïds n'est pas imparable. Il faudrait seulement :
« appliquer fermement l'article 227-21 du Nouveau Code Pénal (section V de la mise
en péril des mineurs) qui prévoit que « le fait de provoquer directement un mineur à
commettre habituellement des crimes ou des délits puni de cinq ans d'emprisonnement
et de 150 000 ¤ d'amende. Lorsqu'il s'agit d'un mineur de 15 ans, l'infraction est
punie de sept ans d'emprisonnement.. » Interrogé par un hebdomadaire, Dominique
Perben, Garde des Sceaux du gouvernement Raffarin reconnaissait le marasme dans
lequel se trouve le système judiciaire français : « Sur cinq millions de procès-verbaux
enregistrés chaque année, six cent mille poursuites seulement sont engagées. Une
peine sur trois environ n'est pas exécutée. »
Une situation dont profite largement ceux qui ont installé dans les cités un système
parallèle hors la loi et lucratif dont ils comptent bien vivre encore longtemps.
# Posté le mardi 13 décembre 2005 10:42
Modifié le samedi 17 décembre 2005 07:02